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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 16:14

Un viticulteur bio est jugé pour avoir refusé d'épandre des pesticides sur ses pieds de vigne. Un (mauvais) procès révélateur de pratiques agricoles délétères.

Emmanuel Giboulot privilégie des moyens alternatifs contre l'insecte responsable de la flavescence dorée.

Emmanuel Giboulot privilégie des moyens alternatifs contre l'insecte responsable de la flavescence dorée. © Marie Protet / Maxppp

Emmanuel Giboulot vient de comparaître ce lundi devant le tribunal correctionnel de Dijon pour avoir refusé d'utiliser des pesticides sur ses pieds de vigne. Fort de près de 500 000 signatures de soutien, ce viticulteur de 51 ans, dont les 10 hectares sont cultivés en bio depuis plus de trente ans, est déterminé à démontrer l'impasse du tout-pesticide et à faire valoir une approche plus préventive dans le soin des vignes. Il y a quelques jours encore, il s'inquiétait. "Si je suis condamné pour l'exemple, expliquait-il, à l'avenir, plus personne n'osera s'opposer aux décisions administratives qui obligent tout le monde à polluer la terre. Les agriculteurs bio et non bio comprendront qu'ils doivent obéir aveuglément aux autorités, y compris si cela implique d'empoisonner leurs propres terres."

Alors que le procureur requiert une amende de 1 000 euros, il risquait théoriquement jusqu'à 30 000 euros d'amende et 6 mois de prison, car, en refusant d'appliquer l'arrêté préfectoral qui imposait ce traitement, il a commis une infraction pénale. La décision de justice est attendue pour le 7 avril prochain. Au sortir du tribunal, le viticulteur se dit plutôt optimiste : "On a été entendus dans nos arguments. Je suis plutôt confiant", explique-t-il

Fougères, argile calcinée et avoine

C'est en juin 2013 que l'affaire a commencé. Devant le risque d'épidémie de flavescence dorée, une maladie mortelle et très contagieuse pour les vignes, un arrêté préfectoral impose le traitement de l'ensemble des vignobles de la Côte-d'Or au moyen d'un insecticide afin de tuer la cicadelle, l'insecte vecteur de la maladie. Cette épidémie se développe depuis une soixantaine d'années en Europe et les réglementations nationales et européennes imposent une lutte obligatoire dans les régions touchées.

Quand l'arrêté préfectoral tombe en Côte-d'Or, Emmanuel Giboulot s'interroge. Il connaît le danger de la maladie. Mais il décide de passer outre, car, d'après lui, le risque reste très hypothétique et aucun foyer n'est avéré dans le département (en fait, un à trois pieds seulement auraient été atteints en 2013 dans ce département). Le viticulteur estime qu'il est absurde de traiter en prévention des vignes saines avec des produits chimiques. "Même l'insecticide le moins polluant contre la cicadelle tue les abeilles et la faune auxiliaire", souligne-t-il.

Alors qu'il cultive depuis plus de trente ans dix hectares de vignes en biodynamie, Emmanuel Giboulot décide de lutter contre la cicadelle avec d'autres moyens : "Contrairement à ce que laissent penser les autorités, il existe plusieurs moyens de protéger les vignes contre la cicadelle, tout en respectant l'environnement : elles peuvent être protégées avec des fougères et de l'argile calcinée. Des pièges à cicadelles existent, et l'on sait, par exemple, que cet insecte est attiré par la couleur orange ou que de la paille d'avoine posée entre les pieds des vignes serait aussi efficace que l'insecticide : la forte intensité lumineuse de l'avoine empêche tout simplement l'insecte de se poser ! Enfin, c'est surtout en préservant la biodiversité qu'on lutte le mieux contre l'apparition de la maladie." Un argument balayé par le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, mécontent de cette mauvaise publicité faite aux vignerons bourguignons.

Soutiens

Avec le soutien de près d'un demi-million de Français, de plusieurs associations environnementales et de personnalités politiques (Corinne Lepage, Sandrine Bélier députée EELV...) ainsi que d'un millier de personnes réunies aujourd'hui devant le tribunal, le procès prend une tournure politique et interroge sur les pratiques agricoles françaises, l'avenir du "tout-pesticide" et la liberté laissée aux agriculteurs.

Car, dans le même temps, une éleveuse de brebis vient, elle aussi, d'être rappelée à l'ordre par l'administration qui lui reproche l'utilisation de plantes et d'huiles essentielles pour soigner ses bêtes ! Alors que les études alarmistes se succèdent, révélant les dangers des pesticides pour la santé des agriculteurs (cancers, maladie de Parkinson...) et de la population, la France demeure toujours l'un des plus gros consommateurs de produits phytosanitaires, et certains agriculteurs craignent une augmentation de la résistance des maladies aux pesticides. À quand un slogan "les pesticides, c'est pas automatique" ?

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